jeudi 15 mai 2014

Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski

C’est l’histoire d’un salaud qui tombe sur plus salaud que lui…

Parce qu’une quat’ de couv’ vaut parfois mieux qu’un long discours 

 

Gagner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon...

Une fois n’est pas coutume, je vous livre telle quelle la quatrième de couverture du roman, publié tout d’abord chez les Moutons électriques avant d’être repris en poche chez Gallimard. J’ai acheté le bouquin pour deux raisons : le titre, qui m’intriguait et dont j’ai adoré la « petite musique », et cette quatrième de couverture, qui pour moi n’annonçait que du très bon.

Un peu d’histoire


Je vais faire court, pour ne pas dénaturer cette intrigue incroyablement riche, complexe, bourrée de rebondissements. Nous sommes dans la florissante Cité-Etat maritime de Ciudalia, régie par un sénat extrêmement puissant, et en guerre avec le Royaume de Ressine depuis trop longtemps. Or, la guerre, Ciudalia vient de la gagner, grâce à une bataille navale épique menée au Cap Scybilos.

Avec cette guerre, le podestat Leonide Ducatore est révélé comme l’homme providentiel, le sénateur sauveur de Ciudalia, sur le point d’obtenir les pleins pouvoirs. Et ce n’est pas un hasard… Car durant cette guerre, une formidable partie d’échecs s’est jouée, non seulement avec l’ennemi, mais aussi contre les autres membres du sénat. L’intelligence de Ducatore a été d’utiliser au mieux tous ses pions, y compris les moins respectables…

Don Benevuto (personnage déjà évoqué dans un précédent recueil de nouvelles, Janua Vera), est l’un de ces pions : assassin de métier, membre de la Ligue des Chuchoteurs, et ordure de première, au service de Ducatore pour le meilleur et pour le pire. Ne vous en faites pas, le pire arrivera très vite…

Michel Audiard chez les Borgia


Tenir une histoire forte est loin d’être suffisant : Jean-Philippe Jaworski l’a bien compris, lui qui use, pour ce superbe premier roman, d’une langue digne des Tontons flingueurs. Car Don Benvenuto, narrateur de l’histoire, n’est pas un courtisan, loin de là. Elevé dans les quartiers populaires et "naviguant" (façon de parler, vu le mal de mer dont est victime le bonhomme) avec les pires canailles de Ciudalia, il en a conservé la verve argotique, la gouaille fleurie, et un certain goût pour la métaphore brutale et lyrique (oui, les deux termes ne sont pas forcément opposés, pas chez Jaworski en tout cas).

Le résultat ? Tous les territoires explorés par Don Benvenuto au cours de ses mésaventures nous apparaissent exactement comme si on y était. La majestueuse Ciudalia, l’exotique royaume de Ressine, les terres du nord, de plus en plus glaciales… On pense à la Rome antique, à l’empire Ottoman, aux celtes et aux royaumes viking. Ce patchwork d’images et de références est convié dans les pages de Gagner la guerre, non sans succès : on obtient au final un monde riche, contrasté mais cohérent, pour avoir fait l’objet d’un véritable travail de dentellière.De rues étroites en marécages boueux, de palais persans en bourgades pluvieuses, l'incroyable puissance d'évocation de l'auteur, présente à chaque ligne, transforme le lecteur en "voyageur sans bagages".

Mais, attention, l’histoire est on ne peut plus cruelle. Si la série Trône de fer vous fait frémir, avec Gagner la guerre, vous risquez très vite d’avoir la nausée. Car Jaworski ne nous épargne pas, non plus que son héros, lancé à pleine vapeur dans ce petit jeu de massacre. Gare aux âmes sensibles : Ce livre va vous offrir une nouvelle expérience de la douleur.

On retrouve évidemment les influences de l’auteur du jeu de rôle Te Deum pour un massacre (basé cette fois sur les guerres de religion). Quand il s’agit de faire couler le sang, Jaworski a toujours une longueur d’avance.

En résumé : si vous n’avez pas peur de vous salir les mains et de vous attacher à un salaud, si vous avez le cœur bien accroché et aimez l’humour noir, ce bouquin est pour vous. Et si vous avez également besoin de vibrer au rythme d’un style superbe, aussi épique que coloré, Gagner la guerre pourrait bien devenir votre livre de chevet pour un bon moment.

samedi 10 mai 2014

Les 5 auteurs que j’achète (en ce moment) les yeux fermés

Mes 5 auteurs incontournables du moment, ceux qui pourraient écrire un livre de cuisine, ou un manuel de bricolage, et qui me feraient quand même dégainer mon portefeuille…

Certaines listes doivent être régulièrement remises à jour. Il y a quinze, vingt ans, j’aurais répondu du tac-au-tac : Daniel Pennac, Stephen King, Robert Merle, et peut-être Colette et Zola (j’étais jeune et encore impressionnable). Il y a dix ans : W. Wilkie Collins, Jack London, James Ellroy, Terry Pratchett et Tom Sharpe. Voici les 5 auteurs que je vénère aujourd’hui, et rendez-vous dans 5 ans (ou dans six mois) !


1. Craig Johnson


Si vous n’avez pas encore fait connaissance avec le shérif Longmire, foncez ! C’est l’un des personnages les plus attachants de la littérature américaine contemporaine, qui, pour ma part, m’a fait penser à Benjamin Malaussène, format XXL (Longmire se plaint constamment d’avoir besoin de maigrir). Les romans de Craig Johnson nous font respirer le bon air du Wyoming. Vous y rencontrerez la sympathique population locale, ses fermiers, ses cheyennes, et aussi ses meurtriers… Du policier comme je les aime : profond, souvent épique, très humain, et extrêmement drôle. Foncez, vous dis-je !

2. Donald Westlake


Evidemment, puisque le bonhomme a eu le mauvais goût de casser sa pipe il y a quelques années, la réserve d’inédits et de manuscrits de fond de tiroir risque de s’épuiser trop rapidement. Tant pis, on relira les vieux titres ! Tout, chez Westlake, est excellent, son œuvre au noir comme les mésaventures de Dortmunder. Si vous n’avez pas lu Le Couperet, Drôles de frères ou Mémoire Morte, réjouissez-vous ! La mort de Westlake ne vous accablera pas tout de suite. D’ici quelques mois, en revanche, vous risquez de vous retrouver fort démunis, tout comme moi actuellement. Heureusement, ces braves éditeurs viennent de nous dévoiler un nouvel épisode du cambrioleur calamiteux, hourrah ! Ça s’appelle Top Réalité, et je le commence tout juste. On en reparle bientôt, promis, juré !

3. Alain Damasio


Oui. Je sais, je ne suis pas la seule. Je sais, crier au génie à la lecture de La Horde du contrevent, c’est devenu complètement cliché chez les amateurs de SF. Je sais, en plus, le bonhomme publiant un livre toutes les éclipses solaires totales, on ne prend pas grand risque à investir dans tout ce qu’il produit. Je sais, La Zone du dehors n’était tout de même pas aussi brillant, mais bon, c’était son premier, il fallait le laisser s’échauffer un peu. Cinq ans (ou à peu près) après avoir lu La Horde, je me pose toujours pas mal de questions. Du genre : c’est vraiment possible d’écrire comme ça ? Ou encore : Mais en fait, c’est quoi, le vif ? Ceux qui possèdent la réponse à la seconde question seraient bien inspirés de m’envoyer un petit message.

4. Antoine Bello


Encore un Français qui a de la ressource (comme quoi, tout n’est pas perdu au pays de Molière). Journaliste et auteur des excellents Falsificateurs et Eclaireurs, de quelques nouvelles sacrément réussies, et d’autres œuvres que je n’ai pas encore eu le temps de lire, mais qui font partie de ma « to read list », Antoine Bello combine avec bonheur génie de l’intrigue et intérêt documentaire. Ne tardez plus à le découvrir, ce type est vraiment très, très fort.

5. Jean-Philippe Jaworski ou Louis Bayard ?


Dilemme. Car, évidemment, il m’était impossible de conduire une bête liste à son terme sans bafouiller dans la dernière ligne droite.

Il se trouve que ces deux auteurs me plaisent de manière égale, mais que, pour des raisons différentes, il m’est difficile de les départager. Commençons par Jaworski, après tout, cocorico. Jaworski est effectivement français, comme son nom l’indique peu. Il est entre autres l’auteur du grandiose Gagner la guerre, un véritable bijou de verve et de cruauté racontant les aventures d’un assassin naviguant dans les hautes sphères du pouvoir, dans un univers Renaissance-fantastique qui n’est pas sans rappeler Trône de fer, avec une touche de Borgia. Le héros est laid, brutal, déloyal, sans pitié et sans guère de scrupules. Vous allez l’adorer, je vous connais. Le problème ? Je n’ai rien lu d’autre de cet auteur, en vertu de ce fichu manque de temps qui m’empêche d’engranger la bibliographie complète de mes coups de cœur. Il a publié de nombreuses nouvelles, son dernier roman, Même pas mort est sorti en 2013 et devrait être suivi de deux autres dans le cycle des Rois du Monde, et donc, je ne peux pas savoir si le bonhomme a transformé son magnifique essai (Gagner la guerre est son premier roman).

Quant à Louis Bayard, j’ai déjà eu l’honneur d’évoquer cet amoureux du roman historique, incroyablement doué, qui a lui aussi démarré sa carrière dans l’écriture par le journalisme (Cf : L’héritage Dickens dans « Polars et thrillers »). Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est que j’ai raté mon coup, tant pis pour moi. Mais je vous jure que vous manquez quelque chose. Le problème ? Les éditeurs français semblent bouder le descendant du Chevalier Bayard (véridique !). Je sais que le bonhomme a publié aux Etats-Unis deux nouveaux romans, le premier situé durant la période élisabéthaine, le second racontant une aventure dont Roosevelt serait le héros, en 1914. Le Cherche-Midi s’est-il désengagé de ce petit prodige ? Toujours est-il que je cherche, désespérément, les signes d’une prochaine publication de Bayard en France. Avec dans l’idée d’envoyer peut-être un mail de menaces à son éditeur français, pour lui montrer comme je gère fabuleusement bien la frustration.

Erratum : Je viens de me rendre compte que l'avant-dernier opus de Louis Bayard était disponible en France depuis octobre 2013 ! Honte à moi (et honte aux libraires qui m'ont trahie !) ! Bouquin commandé, ça s'appelle L'Ecole de la nuit, et je vous en reparle très, très vite.

mercredi 14 août 2013

Drood, de Dan Simmons



Publié en 2009 aux Etats-Unis, puis en France en 2011, Drood est l’incursion d’un génie du fantastique et de la SF dans l’univers du roman historique. Comme il fallait s’y attendre, l’horreur et l’étrange se taillent la part du lion, mais c’est également l’occasion pour les lecteurs de découvrir tout un pan de l’histoire de la littérature, et pas des moindres, avec comme toile de fond la bonne ville de Londres à l’époque victorienne : paysage surexploité s’il en est, mais qui trouve sous la plume de l’auteur une densité rarement atteinte. Dan Simmons a réalisé ici un coup de maître, qui force l’admiration autant que la perplexité.

L’histoire, sans trop en dévoiler, est celle de la rencontre de Charles Dickens et d’un personnage mystérieux baptisé « Drood ». Magicien ténébreux, génie de l’hypnose, chef de gang cruel et grand prêtre d’un culte égyptien obscur, Drood est un peu tout cela, et il va provoquer chez Dickens une fascination qui virera très vite à l’obsession, et marquera les cinq dernières années de sa vie au point qu’il commencera à rédiger un livre baptisé Le Mystère d’Edwin Drood, resté inachevé. Le narrateur, W. Wilkie Collins, autre grand romancier de son temps, ami et rival de Dickens et précurseur du thriller, glisse peu à peu de sa position de témoin privilégié à celle d’acolyte, avant de devenir, dans le dernier tiers de l’ouvrage, le héros final et pour le moins controversé de cette plongée dans les ténèbres.

C’est après avoir lu une biographie de Dickens par Peter Ackroyd que Simmons décide d’explorer cette période de l’existence du grand écrivain, marquée par un grave accident ferroviaire qui faillit lui coûter la vie. Cinq années mystérieuses, assez peu décrites par les littérateurs dickensiens, que Simmons se propose de reconstituer à sa manière par le prisme du regard de Wilkie Collins, autre auteur à succès et père du thriller, qui forma longtemps avec Charles Dickens un duo amical et professionnel pas toujours exempt de perversité…

Tableau de maître

Au sujet de Drood, les avis sont partagés, des plus virulents aux plus admiratifs, et vous êtes évidemment parfaitement libres de vous forger votre propre opinion. Cependant, que l’histoire vous convainque ou pas, que vous deviniez avant l’heure les ressorts de l’intrigue ou que vous vous retrouviez piégés comme je l’ai été, de nombreux éléments de ce récit hors-normes me paraissent relever du défi littéraire. Le premier d’entre eux étant la somme colossale de travail mise en œuvre pour retranscrire, avec ce niveau de fidélité, les existences de deux hommes de lettres dans leur cadre social, intellectuel, temporel et géographique. La seule lecture de la bibliographie présente à la fin de l’ouvrage ne donne qu’un maigre aperçu du labeur de Simmons ; Les auteurs les mieux documentés ne parviennent pas toujours à ce degré d’excellence. Il a fallu, outre les recherches, un talent de mise en perspective, de mise en scène, d’adaptation du style, et de compréhension profonde des enjeux littéraires de l’époque. Plus qu’un roman, Drood est une fresque historique phénoménale qui en apprend plus sur les existences de Dickens et Collins, et sur la vie culturelle de leur époque, que n’importe quelle biographie. En outre, la description de ce Londres bicéphale, entre le West End bourgeois de la gentry et l’East End labyrinthique des âmes damnées et des sans-le-sou est frappante à bien des égards. Et, qui plus est, s’adapte merveilleusement au propos de l’auteur.

L’âme de l’East End

Nous arrivons au second tour de force du roman. Comme dans d’autres de ces ouvrages, Dan Simmons nous plonge dans les méandres de la pensée humaine et de l’inconscient, présentés ici comme une succession de strates de plus en plus impénétrables. A mesure que nous nous enfonçons dans les quartiers les plus populaires de la capitale britannique, c’est à la folie grandissante des personnages eux-mêmes que nous nous confrontons. Une mise en abîme, dans tous les sens du terme, puisque démence et vices vont de pair pour composer une vision dantesque des cercles de l’Enfer. La traque pour dénicher Drood conduit les deux personnages principaux dans les bas-fonds, puis les catacombes : au fil de ces incursions terrifiantes dans un univers de ténèbres et de pure sauvagerie, dans lequel toute règle de civilisation est vouée à disparaître, Dickens et Collins se débarrassent peu à peu de leur vernis de respectabilité. La cartographie de Londres se superpose ainsi à celle de l’esprit tourmenté de Collins, embrumé par le laudanum et l’opium, en proie à des visions terrifiantes, à la paranoïa et à des pulsions de moins en moins contrôlables. Dans cet univers de faux-semblants à l’architecture alambiquée, grandement nourrie par l’inspiration de l’écrivain, le lecteur perd pied aussi sûrement que s’il s’égarait dans ce Whitechapel des années 1860.

Ainsi confrontés à leurs émotions primales, les deux personnages principaux révèlent une facette bien moins glorieuse de leur personnalité : manipulations, jalousies, haines larvées, amertume, trahisons… le monde ouaté de la littérature dissimule de profondes ornières où il ne fait pas bon s’égarer. Qu’il s’agisse ici d’une fiction n’enlève rien au réalisme des deux écrivains. Simmons nous livre une extrapolation plausible de leurs relations pour le moins complexes, car pour être amis et confrères, ils n’en furent pas moins rivaux. Or, à ce petit jeu de gloire et de génie, Dickens semble presque à tout coup sortir vainqueur.

Gentlemen du siècle

La grande réussite du roman tient aussi, et peut-être avant tout, dans ce portrait de l’un des plus grands hommes de l’Angleterre victorienne. Un portrait tout en nuances, très éloigné de l’image populaire du noël en famille que Dickens contribua à rendre célèbre. Il apparaît tour à tour comme un homme d’affaires redoutable, un génie de l’intrigue et de la mise en scène, un hypnotiseur de salon talentueux, un orateur fascinant, un passionné de marche athlétique, un chroniqueur de son temps… mais cet hyperactif est aussi un ogre. Manipulateur, menteur, cruel, sournois, mauvais père et mari déplorable, égocentrique, mégalomane, jaloux de son succès et de ses prérogatives, maniaque du contrôle… Face à un Wilkie Collins un peu faible, parfois bêtement sentimental, il se dresse comme la statue du commandeur. Inaltérable, intouchable et quasi omniscient (un trait d’autant plus accentué que son don pour le mesmérisme le rend apte à pénétrer toutes les consciences). Dickens se montre également, et c’est là toute la force du roman, comme un homme prisonnier de ses propres inventions et de l’image d’Epinal qu’il a mis tant de soins à construire. Une célébrité qu’on s’arrache, à tel point qu’il ne s’appartienne plus vraiment, comme si Dickens n’était rien d’autre que la propriété intellectuelle du Royaume britannique.

Face à cette divinité capricieuse, le lecteur ne peut tout d’abord ressentir que pitié et sympathie pour le malheureux Wilkie Collins, éternel Watson, acolyte infatigable bien que sujet à une goutte qui le torture à toute heure du jour ou de la nuit, et que des doses phénoménales de laudanum parviennent à peine à apaiser. Son amitié pour le grand maître, au départ franche comme l’or, va cependant décliner au fil du récit. On découvre sa souffrance à l’idée de ne jamais réussir à égaler le grand Dickens, une amertume qui ne suffit cependant pas à briser ses chaînes. Collins accepte tout. Pour le plaisir de son ami, il se plie à tous les sacrifices, toutes les compromissions. Jusqu’au point de rupture, provoqué en partie par le malfaisant Drood. Le vernis craque et se fendille alors, nous donnant à découvrir un personnage d’une extraordinaire complexité, un homme souvent médiocre, parfois magnifique, un bourreau de travail qui ne veut plus subir mais ne trouve sa revanche que dans la bassesse. La rencontre entre la vérité historique du bonhomme et son prolongement dans la fiction est une réussite totale. Simmons a décrit dans Drood l’un des personnages les plus fascinants de la littérature fantastique.

On pourra reprocher à Dan Simmons une trop lente progression dans le récit, une mise en place trop minutieuse qui laisse peu de champ à la spontanéité. L’ensemble forme pourtant une machine diabolique, aussi dérangeante que passionnante. Une photographie d’histoire littéraire digne d’apparaître dans le meilleur cabinet de curiosités. Quant au dénouement, que je me garderai bien de révéler ici tant son machiavélisme vous laissera cois, il a la vertu perverse de laisser ouvertes toutes les possibilités, y compris les plus immorales. Il ne reste plus qu’à rassembler votre courage et à vous lancer dans le périple. Laissez-y, au passage, toutes vos espérances…

lundi 12 août 2013

22/11/63, de Stephen King



La petite musique du diable

Nous avons (presque) tous un Stephen King dans la tête. Le grand maître de l’horreur a nourri cet inconscient collectif dans lequel le maquillage du clown cache des abîmes, où la grippe est un instrument de Dieu et l’insomnie, un passage vers les strates supérieures du monde. Outre son expertise technique, qui n’est bien évidemment plus à prouver, c’est sa capacité à incarner la petite voix de la déraison qui nous fascine. Son œuvre tentaculaire a mis en scène, non seulement nos peurs les plus inavouables, mais aussi et surtout cette propension bien humaine à nous égarer dans les « et si… ».

Comme beaucoup d’entre vous, je le suppose, Stephen King et moi avons vécu une passion adolescente. A 14 ans, il incarnait ce monde des « lectures adultes » sur le seuil duquel je restais, indécise, jusqu’au jour où le besoin de grandir m’a précipité vers lui. Simetierre fut l’une de mes plus grandes expériences de la terreur, en partie à cause d’une banale petite phrase qui me figea d’horreur plus sûrement que toute autre scène de son chef-d’œuvre. Une petite phrase qui disait à peu près : « En réalité, tous ces événements tragiques n’avaient jamais eu lieu ». Pour ceux qui n’auraient pas lu Simetierre, je rappelle brièvement le contexte : Louis Creed vivait une existence parfaitement heureuse avec sa femme, sa fille et son petit garçon dans leur nouvelle maison de Derry jusqu’au jour où le pauvre Gage, adorable bambin de trois ans, se fait écrabouiller comme une musaraigne par un poids lourd. On devine aisément la suite : les trois membres survivants de la famille Creed  plongent dans le cauchemar de ce deuil d’une brutalité inouïe (vous pouvez faire confiance à Stephen King pour ne pas mâcher ses mots). L’enterrement est un fiasco, à cause des relations calamiteuses entre Louis et son beau-père. Rachel Creed, la maman de Gage, tourne aux calmants pour ne pas s’effondrer, et la fille de Rachel et Louis erre dans la maison en serrant entre ses petites mains un portrait de son défunt petit frère. Tout ce qui suit la mort de Gage est parfaitement atroce, en résumé, jusqu’à cette petite phrase venue –apparemment- de nulle part : « En réalité, tous ces événements tragiques n’avaient jamais eu lieu ». C’est à ce moment précis que j’ai posé le livre avec la conscience très nette qu’il était au-dessus de mes forces de le poursuivre.

J’avais du sentir à l’époque, sans pouvoir le formuler, que tout le génie du maître se tenait-là, dans cette formule faussement magique qui prétendait tout annuler, et qui me précipitait en fait dans la véritable horreur du récit : celle du déni de la mort, de la souffrance, ce refus farouche de voir disparaître nos êtres aimés. Ce que j’ai entendu ce jour-là, fort brièvement, n’était rien d’autre que la petite musique du diable. La douce mélodie de la folie furieuse.  Avec un peu de chance, je ne l’entendrai jamais ailleurs que dans de très bons romans.

J’ai réussi à finir Simetierre, et prise dans mon élan, j’ai lu à peu près tout ce que Stephen King avait écrit jusque-là. Avec l’expérience, j’en étais venue à admirer sa technique : maîtrise impeccable du récit et des personnages, dialogues plus vrais que nature, et cette lente coulée de sable dans les rouages de ces vies ordinaires. Mais à chaque opus, c’était cette mélodie légère que je guettais. Parfois, elle résonnait à mes oreilles à la lecture d’un paragraphe ou de quelques lignes pour teinter tout le récit. Parfois, elle m’échappait complétement. Que je l’entende ou pas, il restait toujours cet authentique plaisir de lecture : King connaît son boulot.

Et puis, bien sûr, au fil des ans, d’autres auteurs se sont imposés à moi. J’ai délaissé Stephen King pour vivre de nouvelles expériences. Je le rencontrais fréquemment dans les rayons des librairies, indéboulonnable en dépit des nouvelles modes littéraires, et me promettais souvent de fêter nos retrouvailles, mais cela n’arrivait pas. Trop de bons romans, moins de temps pour les lire… Je n’oubliais cependant pas que la petite musique que je cherchais à présent à écouter chez d’autres auteurs, c’était lui qui me l’avait fait entendre pour la première fois.

Enfin, il y a un mois environ, Stephen King s’est rappelé à mon bon souvenir par le biais de ma mère, mine d’excellents bouquins qui a l’élégance de ne jamais s’en vanter. Elle était en train de lire 22/11/63 et se déclarait enchantée. Comme je suis une bonne petite fille qui n’a pas l’habitude de contredire sa maman, je me suis procuré le livre.


Stephen King vieillit bien

Comme toutes les bonnes histoires, 22/11/63 repose sur le fameux « et si… » : Et s’il était possible de remonter le temps pour empêcher l’assassinat de Kennedy ? C’est l’opportunité qui est offerte à Jake Epping, paisible petit professeur de lettres divorcé et sans enfants, lorsque son vieil ami cuistot lui fait découvrir, dans la réserve de son restaurant, un passage qui lui permet de revenir en 1958. Il lui reste donc cinq ans pour s’assurer de la culpabilité de Lee Harvey Oswald, son suspect n°1, et l’empêcher de nuire. Sauver Kennedy, c’est peut-être éviter la guerre au Viet-Nam et ses conséquences tragiques. C’est aussi prendre vacances de ces trépidantes années 2010 pour découvrir une époque plus douce, où les jeunes ont de bonnes manières, les profs sont respectés, et la nourriture, incroyablement savoureuse…

Je n’en raconterai pas plus. Si vous connaissez Stephen King, vous comprendrez que la traque d’Oswald n’est qu’une étape parmi tant d’autres de ce voyage fascinant. Entre Derry et Dallas, Jake Epping ne chôme pas, corrigeant d’autres injustices de la vie avec une touchante innocence. Lecteurs, prenez garde : la petite musique résonne jusque dans ces sweet sixties

Avec 22/11/63, King fait preuve d’une étonnante sobriété : on est loin du foisonnement de personnages et d’intrigues d’un Bazaar ou d’un Fléau. La dichotomie du bien et du mal, traitée parfois un peu caricaturalement dans certaines de ces œuvres, tourne ici en un passionnant débat intérieur chez un héros qui n’a rien d’un justicier. Ses questionnements et les nôtres se confondent et nous permettent de le suivre pas à pas dans ce lent paysage nostalgique, un peu trop séduisant. De fait, la respiration imprimée au livre est magistrale : tantôt légère et apaisée quand Jake découvre le bonheur d’une vie simple dans une petite bourgade du Texas, tantôt lourde et haletante quand il lui faut revêtir son costume d’espion sur les traces d’un Oswald encore anonyme, sans le sou, dans les quartiers populaires de Dallas. C’est une mélodie insidieuse, à deux temps, car la berceuse du passé s’accélère sur le tempo du futur. C’est ici, dans ce rythme binaire mesuré avec précision, que le diable dissimule ses paradoxes. Comme le dit si bien Stephen King : le passé ne veut pas être changé. Et pour protéger ses acquis, il est prêt à toutes les bassesses.

L’intrigue se nourrit pleinement des espoirs que nous entretenons à l’égard du personnage principal, ce chic type plein de bonnes intentions qui pense mériter aussi son bonheur, dût-il le trouver à une époque où il n’était même pas encore né. Au fil des pages, notre inquiétude à son égard va crescendo, jusqu’à ce final à la beauté mélancolique  : le diable a plus d’un tour dans son sac… C’est ainsi que l’on découvre un Stephen King apaisé, beaucoup moins bavard qu’à ses débuts, comme s’il n’éprouvait plus le besoin de se justifier. Le temps, toujours inéluctable dans son œuvre, avait déjà été traité avec brio dans la nouvelle Les Langoliers. Depuis, l’auteur a vieilli. Bien vieilli. Inéluctablement.

lundi 30 juillet 2012

221b Baker Street, de Graham Moore


Amis lecteurs, sans doute allez-vous croire, en lisant cette nouvelle critique d’un thriller historique faisant fortement référence à l’histoire de la littérature britannique, que je suis une espèce de monomaniaque, fétichiste de ce genre de mise en abîme victorienne. Il n’en est rien, et je vous le prouverai d’ici peu, car je suis bien décidée à remplumer ce pauvre blog délaissé depuis de trop nombreuses semaines. A ceux qui m’ont fait la joie et l’honneur de me lire régulièrement, toutes mes excuses… et aux nouveaux venus qui pourraient croire, en consultant la date de mes derniers posts, que ces quelques pages sont en voie de déréliction, suspendez votre vol ! Je tenterai dans les prochaines semaines de faire oublier mon manque d’assiduité. Ou pas. Souvent femme varie, bien que j’exècre ce genre de formule.

Penchons-nous donc un peu sur le cas de 221b Baker Street, un petit roman pas désagréable, premier-né du sieur Graham Moore, scénariste américain.
Pas désagréable, dans le sens où il nous apporte quelques éclairages ludiques sur l’existence d’Arthur Conan Doyle, et surtout sur la relation très particulière qu’il entretenait avec son héros le plus emblématique, Sherlock Holmes. Tout le monde connaît à peu près cette vieille histoire : Doyle détestait sa création, la jugeait médiocre et fort éloignée de ses véritables aspirations littéraires, et c’est avec soulagement qu’il avait tenté de mettre fin à cette existence fictive en « assassinant » Sherlock dans un ultime duel avec l’odieux professeur Moriarty. On sait également le tollé que provoqua, chez les lecteurs assidus de Sherlock, cette fin brutale. Peu importe : Doyle était enfin libre de se consacrer à ses autres œuvres, et durant quelques années, on ne l’entendit plus évoquer le célèbre détective. Jusqu’au jour où l’écrivain décida, à la surprise générale, de ressusciter son personnage en écrivant une aventure chronologiquement postérieure aux événements survenus dans les chutes de Reichenbach. Il s’agissait de La Maison Vide, où l’on apprend comment Sherlock Holmes a finalement survécu, et ce qu’il est advenu de lui durant ses trois années d’absence, baptisées « le grand hiatus ». Le mystère, cependant, restait entier : quelle mouche avait donc piqué l’honorable Sir Conan Doyle pour qu’il songe à renouer avec ce personnage qu’il haïssait tant, et dont il avait été si heureux de se débarrasser ?

C’est là toute l’intrigue du roman de Graham Moore, qui offre sa propre interprétation en nous faisant voyager entre deux époques. L’une, contemporaine, nous plonge dans l’univers très confidentiel et élitiste des admirateurs officiels du Canon (l’œuvre de Doyle regroupant toutes les histoires de Sherlock Holmes), présentés comme une bande de doux-dingues incroyablement érudits en la matière, absolument intransigeants et bornés quand il s’agit de défendre leur interprétation des écrits du maître. Oui, c’est cela, une bande de geeks. Le héros de cette première intrigue est un jeune membre du cercle, nouvellement intronisé grâce à sa brillante série d’articles sur Doyle, et qui décide de s’improviser à son tour détective lorsque l’un de ses coreligionnaires est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel alors qu’il était sur le point de révéler le contenu des pages manquantes du journal que Conan Doyle avait tenu pendant toute sa vie, pages qui pouvaient vraisemblablement expliquer les raisons du retour de Sherlock sur le devant de la scène.
La seconde intrigue est menée par Conan Doyle himself, flanqué de nul autre que Bram Stoker, à l’époque directeur de théâtre. Nous sommes en 1893, Doyle a publié, deux ans plus tôt, Le dernier problème qui devait signer la fin des aventures du célèbre détective, et a pu se plonger dans ce qu’il considère comme son œuvre véritable. Malheureusement, la réception d’un colis piégé dans sa propre demeure, avec les dégâts matériels qui, immanquablement, vont s’ensuivre, le pousse à mener une enquête sur la mort de plusieurs jeunes filles dans les quartiers les plus sordides de Londres.
Ces deux affaires, menées parallèlement, conduisent le lecteur, chapitre après chapitre, à la résolution de deux mystères, mais aussi d’un troisième, beaucoup plus vaste : la réapparition subite de Sherlock Holmes dans les écrits de Sir Arthur Conan Doyle. Deux enquêtes menées à plus d’un siècle de distance, par deux personnages que tout oppose : le premier a pour lui la jeunesse, l’enthousiasme et le culot. Il est à ce point passionné par le Canon qu’il en vient à se sentir habité par l’esprit de Sherlock, lui offrant ainsi la certitude d’être celui qui résoudra le meurtre de son vieil ami. L’autre est l’ennemi mortel de Sherlock Holmes, et celui qu’on désignera longtemps comme son assassin, mais qui, pour les besoins de son investigation, se devra de revêtir les oripeaux de ce personnage tant haï. L’idée n’est pas mauvaise, et a la vertu d’apporter une subtilité psychologique certaine à l’auteur devenu, ici, personnage de roman, et alter-ego holmésien. Evidemment, il ne s’agit pas d’une grande nouveauté littéraire. D’autres écrivains ont exploré avant Graham Moore les relations complexes entre les écrivains et leurs créations, et les conditions dans lesquelles identité et entité peuvent se fondre, s’imbriquer ou s’opposer, dans des genres plus ou moins fantastiques. Si Graham Moore n’apporte rien de radicalement novateur à ce type de littérature, il tire cependant assez bien son épingle du jeu, malgré un dénouement un peu faible et une alternance trop systématique et parfois ennuyeuse des deux intrigues d’un chapitre à un autre. Un petit roman pas trop mal tourné en somme, enrichissant si l’on s’intéresse à ce pan de l’histoire littéraire et aux fameuses règles de conduite que tout bon auteur de policier se doit de suivre (à ce propos, les lettres de Chandler apportent tout de même un éclairage beaucoup plus passionnant, mais passons). Si l’on n’attend de ce genre d’histoire qu’un peu de divertissement et une lecture facile, assortie des quelques détails historiques nécessaires, 221 B Baker Street remplit convenablement son office.

jeudi 7 juin 2012

Pub !


            D’ici quelques mois sera mise en place une nouvelle rubrique dans ce blog, consacrée à mon activité d’écrivain public. Une rubrique sous forme de « vitrine », qui recensera les offres de ma société, les actualités, et les quelques réflexions que cette nouvelle vie ne manquera pas de faire naître chez votre serviteur…
            J’en profite pour faire passer ce petit message à caractère informatif : si vous rencontrez des difficultés dans la rédaction de courriers, de dossiers, ou toute autre forme de document écrit, si vous avez besoin de faire relire et corriger vos travaux, ou si vous songez, dans le coin de votre tête, à immortaliser votre vie et en laisser un témoignage à ceux que vous aimez, contactez-moi !
            Si vous en avez l’occasion, parlez-en aussi autour de vous : je peux travailler à distance et m’adapter à toutes les demandes.

            Merci !



Lauren Mézière



ecrivainpublic.lepuy@gmail.com

lundi 21 mai 2012

Pierrette, par Olivier Maneval et Anne-Maud Boudre

Une fois n’est pas coutume, parlons microbes.

Ne nous affolons pas. Je n’ai pas l’intention d’ajouter à une atmosphère déjà suffisamment névrotique mes considérations de profane sur les agents propagateurs de nez qui coule, de gorge qui gratte, et de peau qui germe. Tenons-nous en à la littérature, qui jamais ne provoqua la moindre démangeaison (ou alors faut me raconter), et nous donne enfin une raison valable de nous planquer sous la couette pour esquiver les bacilles.
Par microbes, je veux bien entendu parler des petits êtres qui peuvent (ou pas) remplir nos existences sinistres de doudous fluorescents, de jingles-clochettes perpétuels, et de toutes sortes de matières organiques plus ou moins liquides et odorantes qui nous transforment peu à peu, de souillons anarchistes adolescents, en fées du logis monomaniaques à la comptabilité irréprochable. Je veux parler, vous l’avez compris avant que je ne le formule, de nos charmants bambins, et de ce que peut, parfois, leur apporter les livres que nous confions à leurs menottes potelées.


Or donc, et sans plus prolonger cette élocution introductive, laissez-moi vous toucher deux mots de ce petit bouquin dont j’ai eu la connaissance, qui fut joué avant d’être lu, puisque l’album retrace en quelques pages le texte d’un spectacle créé dans mes auvergnates collines, et qui nous raconte l’histoire simple d’une grosse rocaille aux ambitions délirantes, puisque son rêve est de faire trempette dans l’océan et de fendre les milles en compagnie de la friture.
Voilà un vaste projet, et qui ne s’embarrasse guère de considérations physiques. Fraîchement détachée de maman-montagne en un brusque parachutage, plantée dans le sable où elle a élu domicile, face à l’océan, elle fait connaissance avec ses nouveaux amis, herbes folles et sages galets, dans l’espoir qu’ils lui révèlent le truc infaillible pour se carapater à dos d’embruns. Attendre, disent les autres pierres, laisser le temps et le ressac faire leur œuvre. Apprendre ! affirme Benoît le bout de bois. Espérer… répliquent les touffes d’herbes folles. Pierrette trépigne et s’impatiente : pas question de faire le piquet en attendant que l’océan lui donne la ligne ! Mais ce que Pierrette ignore, le temps et l’espoir le lui apprendront, en empruntant les voies les plus inattendues, celles du hasard et de la poésie. 


Une histoire simple… mais qui explore certains enjeux essentiels de l’enfance, grâce à un texte jamais bêtifiant, souvent drôle, habilement mis en valeur par une illustration pleine de fantaisie. Un petit album qui, l’air de rien, pose les questions justes et laisse l’imagination donner ses propres réponses. On aborde ainsi, sans jamais basculer dans le drame, de frustration et de changements, de la vie et de la mort, des bienfaits conjugués de la détermination, du rêve et du hasard… Et de la nécessité de ne pas laisser quelques certitudes bien établies diriger le cours de notre existence.

Pour tous ceux qui souhaiteraient faire l’acquisition de Pierrette, contactez-moi par mail. Je dispose d’une vingtaine d’exemplaires que je me ferai une joie d’expédier à qui m’en fera la demande.

Pierrette, texte de Olivier Maneval, illustrations d’Anne-Maud Boudre. Edité par la Compagnie Juste à Temps, mars 2012.