lundi 14 juillet 2014

Ma bibliothèque, enfin !

Pour ceux qui ne me connaîtraient pas, ou peu, sachez que nous avons déménagé il y a un peu plus d'un an dans ce qui peut se décrire comme l'appartement de nos rêves.

Mais attention, "appartement de tes rêves" signifie souvent : "Noie-toi dans les travaux avant de fouler le parquet de tes rêves, de poser les fesses sur la chaise de tes rêves, pour lire le bouquin de tes rêves dans la bibliothèque de tes rêves."

Alors, un an et demi après l'achat, un an après l'emménagement, et quelques semaines après que Monsieur a décidé de prendre les choses à bras-le-corps et a foncé, truelle entre les dents, dans cette petite pièce jusqu'ici dévolue au stockage de cartons et de meubles, nous voici.

Ce weekend, dans la bibliothèque toute neuve, nous avons placé les étagères et pendant 48 h, j'ai charrié des cartons. Des bouquins qui n'avaient pas vu le jour depuis plus d'un an, les pauvrets, tout comprimés et anémiques. Je te les ai rangés plus vite que les deux mamies de C'est du propre, et j'ai fait des photos.

Il y a des gens qui mitraillent leurs gosses, moi, j'ai décidé shooter mes livres.

Lauren découvre Instagram...



Regardez comme ils ont l'air contents !

Tortue-lampe a enfin trouvé sa place
Voilà, difficile de vous donner un aperçu de toute la pièce avec juste un petit téléphone portable (d'autant que la bibliothèque n'est pas bien grande non plus), mais je peux vous dire que cette pièce n'a pas fini de me supporter !

Autre chose : Monsieur pense encore que que cette bibliothèque est une sorte de lieu collectif, pour toutes la famille. En réalité, il s'agit de mon antre, que j'accepterai par bonté d'âme de céder de temps à autres à mes êtres aimés, pour la paix des ménages. Merci cependant de ne pas le détromper.

dimanche 13 juillet 2014

Avis de mise en chantier

Autant vous prévenir tout de suite, puisque les vacances approchent : ce blog devrait faire (presque) peau neuve dans les jours qui suivent. Je ne sais pas encore quoi, comment et où, mais une chose est sûre, avoir un blog littéraire avec une image de joli bouquin en gros plan et flou artistique, ça me gave. Si vous avez des idées...


Les prochains billets en image !

L'été arrive, et avec lui, une belle cargaison de bouquins tous beaux, tous chauds, pas forcément tout nouveaux, mais ceux d'entre eux qui m'auront suffisamment marquée trouveront leur juste place sur ce blog !

Voici ma pré-sélection en photo (j'ai un peu flouté l'histoire pour rajouter du mystère) :




N'hésitez pas à donner votre avis au sujet de ceux que vous reconnaissez, ceux que vous avez lus, ceux que vous aimeriez lire !

jeudi 29 mai 2014

El-Levir, de Alain Damasio et Philippe Aureille

Publiée en 2009 aux éditions Organic, une petite merveille de conte graphique où le plus grand livre s’écrit dans les cieux…

La vie et rien d’autre


Pas facile de résumer en quelques lignes cette nouvelle pourtant courte, aussi éphémère que la vie elle-même. On pourrait évoquer El-Levir sous la forme de règles du jeu : Dans un monde ressemblant étrangement au nôtre, mais qui pourrait se situer, soit mille ans dans le futur, soit mille ans dans le passé, El-Levir est le plus grand scribe de son temps. Il réunit ainsi les plus merveilleux talents de calligraphe, et le savoir livresque le plus profond. Il est donc logiquement désigné pour accomplir la plus formidable mission qui puisse être confié à un savant de sa catégorie : Ecrire le plus grand livre de tous les temps, et mourir.

La rédaction du Livre obéit en effet à des règles extraordinaires : chaque mot tracé devra voir ses dimensions doubler par rapport au mot précédent. D’un mot à un autre, le support ne peut jamais être le même. L’écrivain devra rédiger sous la dictée de « valets de matière » (en fonction du support choisi) et oubliera au fur et à mesure les mots qu’il aura tracés. Ainsi le scribe ne pourra jamais connaître la globalité du plus grand Livre de tous les temps. En fait de livre, il s’agit d’ailleurs d’un poème, dont la première phrase sera, sous une forme ou une autre, la dernière.

El-Levir a été choisi pour accomplir cette grande mission, qui sera la dernière de sa vie. Des dizaines de scribes ont essayé avant lui et s’y sont rompu les os. El-Levir réussira-t-il ? C’est là que la force de la légende offre à ce livre unique et universel, comme une histoire par-dessus l’Histoire. Le Livre, après tout, n’est rien d’autre que la vie : bref, éclatant, monumental et cruel.

Damasio et personne d’autre


Qui d’autre qu’Alain Damasio aurait pu raconter, avec une telle économie de mots et pourtant un tel lyrisme, la plus grande histoire de tous les temps ? 5 ans après La Horde, on retrouve certains des thèmes les plus chers à l’auteur : la vie, bien sûr, qui dans son second roman adoptait la forme plus subtile du vif, les éléments, vus comme les composantes d’un même organisme, mais prêtant cette fois plus volontiers leur secours au plus grand poète du monde. Le verbe, intimement lié aux deux premiers thèmes. Tous combinés ensemble, Vie, Nature et verbe, forment cette explosion extraordinaire, ce bref éclat de joie primordiale, une flamme d’énergie pure.

El-Levir aurait tout aussi bien pu être Caracole (bien plus que Sov, si vous voulez mon avis) : tous deux ont eu cette vie un peu mystérieuse qui s’efface derrière l’œuvre, tous deux sont les plus talentueux, et les moins en quête de gloire. Une humilité profonde les habite, et ce besoin perpétuel de représenter la vie, à tel point qu’ils en oublient la leur. La Vie les dévore, les métamorphose, les dilue, et pourtant, ils sont toujours là.

Comme pour La Horde du contrevent, on n’entre d’ailleurs pas si aisément dans ce récit-là. Mais, et c’est la magie du style Damasio, ce phrasé étrange, parfois alambiqué, déconstruit, cette logique si particulière s’insinue en nous après quelques pages, et l’on plonge, comme si on n’avait jamais peiné. Pour se réveiller à la fin de l’histoire, dont je ne vous révélerai évidemment pas le dénouement, bande de petits malins.

L’écho de Philippe Aureille


Non, ce titre n’est pas un jeu de mot de mauvais goût. Le travail de graphiste et d’illustrateur de Philippe Aureille fonctionne un peu à la manière d’une onde de choc qui aurait pris naissance avec les mots de Damasio. Lettrages épais, textures brutes, un effet proche du graffiti urbain, comme si, pour la postérité de la légende, El-Levir devait se retrouver gravé dans le béton. Décalage étrange : là où Damasio nous parle des forces de la nature et de l’inspiration que nous offre chaque jour la vie dans ce qu’elle a de plus pur, Aureille gratte les surfaces, imprime sur le rugueux, le sanglant. On croirait qu’il cherche à imprimer en nous les souffrances du scribe. Son travail, juxtaposé au verbe « damasien », offre un résultat fascinant, au sens littéral. Et fort logique, d’ailleurs, puisque l’artiste a évité l’écueil primordial de souligner les propos de l’écrivain à grand renfort d’aquarelles et d’estampes, le premier degré chez Damasio. Avec Philippe Aureille, merci à lui, on creuse. On s’enfonce, et on s’écorche.

Et pourtant, on s'envole. Allez comprendre !




jeudi 22 mai 2014

Little Bird, de Craig Johnson

Je vous en parlais il y a quelques semaines, Craig Johnson est mon coup de cœur n°1 du moment. Et puisqu’il faut bien commencer par le début, c’est du premier bouquin de la série des Longmire que je vais vous parler aujourd’hui… 

 Bienvenue dans le comté d’Absaroka, Wyoming


Veuf depuis quelques années, le shérif Walt Longmire aspire à une retraite paisible après 24 ans de bons et loyaux services dans le comté d’Absaroka. Un lieu qu’il connaît par cœur, dans lequel tous les visages ont un nom, une histoire ou une anecdote. Seulement voilà, quand le jeune Cody Pritchard est retrouvé mort après une indigestion de plomb, c’est une sale affaire qui remonte à la surface. Pritchard avait en effet participé, avec trois de ses sympathiques camarades, au viol de la petite Little Bird, jeune cheyenne atteinte du syndrome d’alcoolisme fœtal. Les quatre gentlemen avaient échappé à la prison au grand dam de Longmire, qui va devoir aujourd’hui comprendre qui veut leur faire prendre perpète, d’une façon beaucoup plus radicale.

Et comme si ça ne suffisait pas, on annonce un blizzard d’ampleur apocalyptique.

La revanche des Cheyennes et des obèses


Avec son mètre quatre-vingt-dix et son allure de gros nounours, Longmire se trouve moche et insignifiant. Il est comme ça, Walt, il pousse tellement l’autodérision que ça finit par ressembler bigrement à de l’auto-apitoiement. Et pourtant, permettez-moi l’expression, le bonhomme est un véritable aimant à gonzesses. Vous verrez, ça se vérifie quasiment à chaque opus de ses aventures.

Dans Little Bird, on découvre un Longmire vaguement dépressif, encore en deuil après la disparition de son épouse bien-aimée, délaissé par sa fille devenue super avocate dans la grande ville. Heureusement pour lui, il ne manque pas de très bons copains pour lui remonter le moral. A commencer par Standing Bear, autre géant et représentant charismatique de la nation Cheyenne à Absaroka. Standing Bear tient un bar fréquenté aussi bien par les blancs que par les indiens, et reste fidèle à une philosophie qui mêle facilement le lyrisme aux coups de latte. C’est aussi, comme on le découvre au fil du roman, le bras droit non officiel de Walt Longmire, surtout lorsque celui-ci doit mener ses enquêtes dans la réserve toute proche.

Il y a aussi Vic, la très belle et très ordurière adjointe, future héritière de l’étoile de shérif. Une petite nénette extrêmement douée qui peine à prononcer une phrase sans y adjoindre un « putain-merde-fait-chier » bien senti.

D’autres personnages viennent compléter cette galerie pittoresque, incroyablement humaine, autour d’une enquête qui soulève la question douloureuse de l’intégration des indiens dans un monde qui s’est si soigneusement appliqué à les faire disparaître, et où les mentalités du far west ne sont jamais longues à réapparaître. On découvre ainsi (sujet plutôt exotique pour les Français que nous sommes) la réalité indienne d’aujourd’hui, ce mélange subtil entre coutumes ancestrales, rancœurs de réprouvés, et désir d’avancer avec l’histoire. Pour ma part, je ne connaissais pas le dixième de ce que j’ai pu apprendre en lisant Craig Johnson, et ce seul élément mérite qu’on se penche sur ses histoires.

Humour, meurtre et grands espaces


Le style de Craig Johnson, quant à lui, est parfaitement inimitable. Vous allez vous poiler, pleurer, rester bouche bée face aux descriptions majestueuses de la région et à l’évocation des forces de la nature, omniprésentes dans ce premier titre de la série. A cet égard, la scène épique et onirique du blizzard est un merveilleux exemple du lyrisme à la Johnson.

Mais, oui, aussi, vous allez rire. Tout le temps, en fait. Parce que Craig Johnson est doté de ce genre d’humour aussi vache qu’affectueux qui vise juste à tous les coups. Les dialogues entre Walt Longmire et Standing Bear n’en sont qu’un exemple parmi tant d’autres.

Et puis, vous allez pleurer, un petit peu. L’histoire de Little Bird est une tragédie, abordée très sobrement, avec la délicatesse qui caractérise le héros, et donc d’autant plus émouvante.

Pour toutes ces raisons, et bien d’autres encore, Little Bird reste mon préféré de la série, qui contient pourtant nombre de trésors. Après Little Bird suivent en effet Le Camp des Morts, L’Indien Blanc, Enfant de poussières, Dark Horse et le petit dernier, Molosses, tous publiés dans l’excellente maison d’édition Gallmeister, dont je vous conseille la découverte du catalogue. Pour célébrer mon anniversaire, ma maman, qui est une femme bien, m’a promis de m’offrir les deux derniers. Il se pourrait donc que je vous en parle sous peu.

Cerise sur le gâteau, on parle de Craig Johnson comme d’un écrivain extrêmement sympathique, assez semblable, au final, à son héros, aussi bien au physique qu’au moral. Il s’est déplacé plusieurs fois en France, ne ratez pas sa prochaine visite !

Craig Johnson sur la toile

Pour ceux qui voudraient en apprendre plus sur le génial auteur de Little Bird, Le Camp des Morts, et plus récemment Dark Horse et Molosses, je conseille l'excellente rubrique livre de Gilles Heuré sur le site Télérama.fr, qui justement parlait il y a peu du dernier bouquin traduit de Craig Johnson.
(Gilles Heuré est également l'auteur d'un excellent dossier sur l'histoire du spiritisme et son influence sur la science, la littérature, le cinéma et la photographie. Documenté et passionnant !)

Si vous avez envie de savoir ce que donnerait un Longmire en chair et en os, vous pouvez toujours jeter un oeil sur l'article Wikipédia parlant de la série, adaptée du bouquin. Deux saisons déjà disponibles aux Etats-Unis, une troisième en route.

A bientôt !

jeudi 15 mai 2014

La Dernière Séance, de Larry McMurtry

Grand classique du roman américain du 20e siècle : La Dernière Séance de Larry McMurtry offre l’un des regards les plus lucides de la littérature sur la fin de l’adolescence. 

 

Séance de rattrapage


Pour ceux qui n’auraient jamais, ni vu le film de Peter Bogdanovitch (avec Timothy Bottoms et Jeff Bridges, 1971), ni lu ce grand roman, il est vrai assez peu connu en France et publié en 1966 aux Etats-Unis sous le titre The Last Picture Show, petit rappel de La Dernière Séance :

Larry McMurtry raconte une histoire simple, ou plutôt, plusieurs histoires. C’est une fois superposées qu’elles prennent évidemment (sinon le roman ne serait pas si bon) tout leur sens.

C’est l’histoire de Sonny et Duane, deux adolescents sur le point de quitter le lycée et d’entrer dans le monde des adultes, qui papillonnent en attendant entre leurs petits jobs sur la plate-forme pétrolière, et leur séances de cinéma au drive-in où l’on fait tout, sauf admirer les stars.

C’est l’histoire d’un cinéma de plein air sur le point d’éteindre pour toujours ses projecteurs.

C’est l’histoire d’une bande de gamins qui ne rêvent que de séduire les plus belles filles, et de les emporter loin de ce trou perdu qu’ils n’ont jamais quitté : la petite bourgade de Thalia, au fin fond du Texas.

C’est l’histoire d’un garçon un peu simplet qui nous rappelle, tragiquement, le Lennie Small des Souris et des hommes.

C’est l’histoire d’un jeune homme qui tombe amoureux d’une femme « trop vieille pour lui ».

C’est l’histoire de deux vagues vedettes locales du football américain (Sonny et Duane, toujours) qui découvrent que la vraie vie se fout de leur gloriole.

Sexe, fantasmes et illusions perdues


Évacuons tout de suite la question de l’adolescence éternelle, ou plutôt, l’idée que la jeunesse d’hier n’est guère différente de celle d’aujourd’hui. A force d’être brandie comme un étendard, l’idée a singulièrement perdu de son originalité. Mais, oui, c’est vrai, on retrouve chez McMurtry les mêmes tourments que ceux que l’on a pu vivre au lycée (ou peut-être au collège, puisqu’il paraît que nous mûrissons plus vite, à moins que…). A savoir : la nécessité de perdre sa virginité au plus vite, si possible avec un partenaire dont on n’ait pas à rougir, mais à défaut…

Oui, résumer l’adolescence à une question de sexe, c’est mettre de côté la complexité profonde du passage de l’enfance à l’âge adulte. Et, justement, dans Larry McMurtry, il n’est pas seulement question de sexe, même s’il constitue « la première couche » du roman.

Dans cette petite ville puritaine du sud des États-Unis, perdue au milieu du désert, le sexe, vu par les ados, est un instrument de provocation et de rébellion diablement séduisant. On s’échappe de la réalité et des conventions sociales à coup de séances de pelotage au drive-in du coin, on fait des virées dans la ferme voisine pour se soulager dans le bétail (véridique !), sans s’avouer qu’au fond, on ne fait que reproduire une sorte de rituel conduit, sous d’autres formes, depuis des générations.

Mais nous sommes dans les années 1950 : Le plus petit acte de révolte évoque immanquablement les premiers germes d’une société nouvelle, et pas seulement chez les jeunes…

Il y a aussi, chez l’auteur, l’analyse d’une jeunesse hésitante, aussi bien esclave de son image que des codes de la société. Des gamins qui, à 17 ans, vivent déjà sur leur réputation, et l’entretiennent en rêvant de séduire les plus jolies filles. Il y a aussi, évidemment, la trouille profonde de mettre un pied hors de leur trou perdu : hors d’Althea, ils ne seront plus rien.

Et puis, enfin, il y a les adultes, et c’est la grande force de McMurtry de ne pas s’enfermer dans un tableau typiquement adolescent, car les personnages plus âgés sont au moins aussi profonds et passionnants.

Trou perdu, types paumés


Les « vieux » ne sont pas épargnés dans cette tranche de vie. Ils sont parfois brutaux, comme le mari de Ruth, un prof de sport plutôt bas de plafond qui tient son épouse sous sa coupe. Parfois pitoyables et magnifiques, comme Ruth, premier véritable amour de Sonny, qui met tout son désespoir dans sa romance avec le jeune homme. On rencontre aussi la mère alcoolique et désabusée de Jacy, riche petite amie de Duane et insupportable gamine gâtée.

La galerie de portraits pourrait se poursuivre encore quelques pages, entre Sam Le Lion, propriétaire du Drive-in, et les multiples personnages de ce récit pourtant court : un concentré de vies coulant grain après grain, comme le sable du désert.

PS : La suite de l’excellent Dernière Séance, c’est Texasville, que je vous recommande avec autant de conviction : Même lieu, mêmes personnages, trente ans plus tard… Les ados sont à présent en pleine crise de la quarantaine. La boucle est bouclée ?